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Prix honorifique Mercure, Monsieur Gérard Leblanc, 2003

L’obtention de la gestion scolaire francophone en Saskatchewan nous réfère à deux éléments qui sont nettement distincts, mais qui sont à tout jamais indissociables: l’article 23 de la charte des droits et libertés et... le vélo. La Charte en est le fondement, le vélo - un catalyseur, un instrument pour tester l’endurance et la résilience de certains irréductibles qui ne vont reculer devant rien pour obtenir la gestion.

Si, pour vous, ce lien vous semble tout à fait saugrenu, je dois vous dire que ce lien est tout à fait clair dans l’esprit de celui qui sera honoré ce soir.

Presque tout le monde a eu l’expérience du cyclisme en ville ou en campagne; certains ont fait des distances de cent ou deux cents kilomètres; peu de personnes ont eu toutefois l’expérience de traverser le Canada d’un océan à l’autre en bicyclette (200 km par jour).

Ceux qui l’ont fait, savent que ça prend du temps, que c’est lent, que ça demande beaucoup d’énergie et de détermination. Qu’il y a de longue montée, des descentes rapides et dangereuses, des intempéries, de la chaleur, du froid, beaucoup de trafics, des crevaisons (beaucoup de crevaisons). Le voyage commence par un simple coup de pédale, ça fonctionne un coup de pédale à la fois, il faut s’arrêter souvent, et ça ne finit qu’une fois arrivé à l’autre bout! On se sent souvent solitaire, mais on rencontre beaucoup de gens intéressants sur la route!

* * * *

Celui que nous honorons ce soir a eu l’expérience de faire ce long trajet. Il comprend donc parfaitement que l’obtention de la gestion scolaire, est une expérience très semblable: une magnifique épopée, pleines d’aventures et de rebondissements. Il sera cependant le premier à avouer que l’obtention de la gestion a été une démarche encore plus longue, plus difficile, et plus éprouvante. L’histoire de cette épopée, je vous propose de la suivre sur les traces de Gérard Leblanc; sachez que ce parcours croise souvent les grands événements et les grands personnages de l’histoire du Canada et de la Saskatchewan des 20 dernières années.

L’entraînement (6 ans): Depuis l’adoption de la Charte des droits et libertés en 1982, Gérard Leblanc décide de s’impliquer activement au sein du mouvement de parents provincial et national pour revendiquer les droits à la gestion scolaire en Saskatchewan. Élu comme membre du comité exécutif de la Commission des écoles fransaskoises en 1982, il a joué un rôle clé dans les revendications politiques et juridiques. Par exemple, c’est ici-même dans cet hôtel que Gérard, le petit gars de St-Denis, a accosté le petit gars de Shawinigan, alors ministre de la justice, Jean Chrétien, pour discuter du libellé de l’Article 23. En 1984, deux ans après, mécontent de la réponse des ministres Pat Smith et Gary Lane que la Saskatchewan remplissait ses engagements constitutionnels en matière d’éducation, Gérard Leblanc appuie avec force le recours judiciaire que veut lancer la Commission des écoles fransaskoises (CEF) contre le gouvernement de la Saskatchewan pour l’établissement d’une commission scolaire francophone pour la province. En 1986, la cause est entendue devant la cour du banc de la Reine. En 1988, le juge Wimmer accorde gain de cause aux parents francophones.

Préparatif de départ (2 ans): Gérard Leblanc, alors président de la CEF, s’implique activement dans les processus de négociation pour développer un modèle de gestion avec l’ensemble des partenaires en Éducation de la province, mieux connu sous le nom de Comité Gallant.

Mais en 1990, faux-départ, dérapage majeur (1 an): le gouvernement Devine revient sur sa décision et recule devant son engagement de mettre en œuvre la gestion scolaire. Gérard Leblanc ne désespère pas. Il poursuit la lutte juridique auprès de la Cour d’appel de la Saskatchewan, qui réitère la décision du juge Wimmer. Bien que la Cour confirme la décision du jugement Mahé de 1990, elle refuse de contraindre la province à légiférer. Une dernière tentative sera effectuée auprès de la Cour suprême du Canada qui, cependant, refusera d’écouter la cause.

Départ, malgré tout (3 ans): Inébranlable, Gérard Leblanc poursuit toutes les avenues politiques pour forcer le gouvernement à légiférer. Toujours fermement engagé au sein de l’Association provinciale des parents fransaskois (APPF), il obtiendra gain de cause en juin 1993 lorsque le gouvernement Romanow, non sans quelques hésitations (le hoquet de Charlottetown), adoptera le projet de loi pour créer la Composante fransaskoise du système d’éducation de la Saskatchewan. Il est alors assis tout en haut dans la galerie de l’Assemblée législative à Regina. Il regarde du sommet de la montagne. [Yes, Romanow is responsible!] Finalement! dira-t-il.

Un chemin encore long, difficile, et très accidenté (beaucoup de crevaisons): (1 1/2 ans) Gérard Leblanc, toujours président de l’APPF, n’est pas au bout de ses peines. Il s’impliquera comme membre du comité de mise en œuvre, et mettra alors toute son énergie pour que la gestion scolaire soit bel et bien engagée: avec un financement, des installations, un engagement des communautés scolaires, et un processus de mise en œuvre (PPPP - processus de préparation des propositions et des pétitions). La randonnée en vélo, le vrai de vrai, pour la gestion de Saskatoon à Québec, via Ottawa, aura lieu d’ailleurs à cette période.

L’arrivée: En janvier 1995, huit conseils scolaires fransaskois assument légalement la gestion de leur école, avec l’appui du Conseil général des écoles fransaskoises.

En fin de piste, Gérard prendra alors une pause “gestion scolaire” pour quelque temps et se retirera de la présidence de l’APPF. Il aura été alors impliqué bénévolement, et toujours comme bénévole, pendant 14 ans.

Mais, après cette brève intermission, Gérard fait une petite randonnée pour le plaisir (2 ans): En 1999, il revient et sera élu conseiller scolaire de la Division scolaire francophone No310, comme représentant de la région de Saskatoon. C’est la gestion scolaire telle que Gérard l’avait imaginé en 1982, un conseil scolaire provincial, avec des conseils d’écoles pour chaque école.

Gérard Leblanc ne s’est pas impliqué dans la gestion pour son plaisir. C’est comment parent qu’il s’est impliqué; et l’éducation est importance pour les parents.

Gérard et Yvonne son épouse sont des parents avant tout; et ils sont fiers de leurs trois enfants. Jean-Guy, Yvan et Danielle se sont probablement longuement questionné sur l’acharnement, voire même l’entêtement de leur père pour la gestion scolaire.

Sachez que, grâce à son courage et à sa détermination, Gérard Leblanc a contribué de façon capitale et incomparable à la plus grande victoire politique et juridique, encore aujourd’hui, de toute l’histoire de la Communauté fransaskoise : l’obtention de la gestion scolaire fransaskoise. Je considère que Gérard Leblanc est le candidat par excellence pour recevoir ce prix honorifique Mercure 2003.

Roger Gauthier Saskatoon, le 8 février 2003

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